Revue Médecine des Arts N°91

En scène

Le nouveau numéro Médecine des Arts accompagne la reprise des pratiques artistiques en présence du public

En scène, c’est le plaisir de vivre sa passion et son métier, la relation avec le public. C’est aussi faire face aux aléas tels que l’anxiété de performance et perdre ses moyens sous la pression. Deux articles de la revue décrivent ces aléas, les facteurs causaux mais aussi une interprétation nouvelle en relation avec le fait que parfois cette émotion invalidante dans la majorité des cas, est recherchée afin de soutenir la performance scénique. Mais la vie de l’artiste ne se résume pas à sa pratique scénique, une étude met en relief l’importance de l’environnement psychosocial de l’artiste du musicien sur la santé physique et mentale du musicien.

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Sommaire
pages 1-2
Edito Médecine des arts N°91. Les rêves dansants
page 3
La sensibilité tactile des musiciens : les effets du jeu instrumental sur l’acuité sensitive des mains
pages 4-16
Les objectifs émotionnels dans l’anxiété de performance musicale
pages 18-32
Environnement psychosocial du travail chez les musiciens et dans la population active générale norvégienne
pages 34-47
Perdre ses moyens sous la pression : quels en sont les facteurs causaux chez les musiciens ?
pages 48-60

 

Revue santé du musicien

Obturation de certains trous de tonalité de la clarinette

Biomécanique des mains du clarinettiste
Obturation de certains trous de tonalité

Les clarinettistes obturent et ouvrent plusieurs trous de tonalité pour modifier la hauteur tonale. Leur technique digitale doit être rapide, précise et coordonnée avec l’articulation de la langue.

Dans cette étude empirique présentée dans le N°89 de la revue Médecine des Arts, les profils de force digitale et les techniques de la langue ont été étudiés chez des étudiants clarinettistes (N = 17) et des clarinettistes professionnels (N = 6) dans des conditions d’interprétation contrôlées.

Premièrement, les participants jouaient huit extraits sélectionnés du Concerto pour clarinette n° 1 de Weber dans le cadre d’une tâche d’interprétation expressive. Ces extraits ont été choisis pour correspondre à un modèle 2 × 2 × 2 (registre : grave – aigu ; tempo : lent – rapide ; dynamique : légère – forte). Une condition supplémentaire contrôlée par l’expérimentateur déterminait les niveaux d’expression (faible – élevé) des musiciens.
Deuxièmement, une tâche d’exercice technique a été conçue. Il s’agissait d’une mélodie isochrone de 23 notes qui nécessitait différents effecteurs pour produire la séquence (doigts seuls, langue seule, actions combinées de la langue et des doigts). La mélodie a été exécutée dans trois conditions de tempo (lent, modéré, rapide) dans un paradigme de synchronisation-continuation. Les participants jouaient sur une clarinette viennoise équipée de capteurs, qui enregistraient simultanément les forces digitales et les vibrations de l’anche de l’instrument. La force digitale moyenne (Fmoyenne) et la force maximale (Fmax) ont été calculées à partir des données collectées. Les forces digitales globales étaient faibles (Fmoyenne = 1,17 N, Fmax = 3,05 N) par rapport à celles mesurées sur d’autres instruments de musique (par exemple la guitare). Les participants ont exercé les forces digitales les plus élevées pendant les conditions d’interprétation à niveau d’expression élevé (Fmoyenne = 1,21 N).

Lors de l’exercice technique, les informations de timing et d’articulation ont été extraites du signal généré par l’anche. Ici, la précision de timing des doigts a dégradé la précision de timing de la langue pour les actions combinées langue-doigts, en particulier dans des tempos rapides. Les profils individuels de force digitale se chevauchaient ; toutefois le groupe de musiciens professionnels exerçait globalement moins de force digitale (Fmoyenne = 0,54 N). Les instruments à capteurs fournissent des informations utiles sur les interactions musicien-instrument et ils pourront également être utilisés dans le futur pour fournir un feed-back aux étudiants dans diverses situations d’apprentissage et d’entraînement.

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Autres informations scientifiques sur le jeu et la santé du clarinettiste

  • Support de clarinette et de hautbois pendant le jeu Revue Médecine des Arts N°19
  • Témoignage d’une clarinettiste : rejouer après une paralysie faciale Revue Médecine des Arts N°19
  • Protections souples contre les blessures de lèvres chez les instrumentistes à anche Revue Médecine des Arts N°77
  • La main droite du clarinettiste : des solutions aux problèmes de pouce Revue Médecine des Arts N°82
  • Dyspraxie linguale et gêne lors du détaché chez les clarinettistes Revue Médecine des Arts N°84
Dystonie de fonction

Bassiste avec une dystonie de fonction

Dystonie de fonction de la main droite chez un musicien

Appelé à tord crampe du musicien, voire de crampe de l’écrivain, la dystonie de fonction n’est pas une crampe mais un trouble neurologique focal, c’est-à-dire localisé le plus souvent au niveau du membre supérieur ou au niveau de l’embouchure chez l’instrumentiste à vent.

La dystonie de fonction du musicien affecte 1% des musiciens. Cette affection touche des musiciens de haut niveau, plus volontiers les professionnels ainsi que des amateurs de bon niveau. Les hommes sont plus fréquemment touchés que les femmes, l’âge médian est de 35 ans.
La dystonie de fonction est caractérisée par des contractions musculaires involontaires au niveau de la main ou des muscles de la face selon les pratiques.
Les musiciens se plaignent le plus souvent au début par une difficulté à réaliser un geste technique qu’auparavant il réalisait aisément, une tension, un manque de contrôle de la main ou des doigts, ou des muscles de l’embouchure chez les instrumentistes à vent. Ces troubles ne sont pas douloureux et se révèlent dans certains traits musicaux. La localisation de la dystonie est généralement dépendante de l’instrument de musique pratiqué, le trouble touche plus volontiers les zones anatomiques qui exercent les mouvements les plus rapides, les plus précis, la main droite du pianiste, la main gauche du violoniste, les muscles de l’embouchure chez les instrumentistes à vent. Mais on peut retrouver de manière minoritaire des configurations variées voire les deux mains touchés. Au niveau des mains par exemple, la dystonie se caractérise par un doigt dystonique en flexion avec un ou plusieurs doigts compensateurs en général en extension.

Ces troubles se manifestent uniquement en jouant de l’instrument, les activités quotidiennes ne sont pas touchées.

La physiopathologie n’est pas encore élucidée, mais les travaux réalisés convergent pour indiqués qu’il s’agit d’un trouble en relation avec la plasticité cérébrale. Il existe une plasticité de l’organisation sensori-motrice, la pratique de longue année durant, à un niveau technique élevé, demandant une grande précision du geste sur le plan musculaire, des doigts ou des muscles de l’embouchure entraînerait une désorganisation de cette plasticité en faveur d’une dédiférenciation du zonage de cette organisation sensori-motrice perturbant alors le contrôle du mouvement involontaire. Des prédispositions génétiques pourraient également intervenir.

Le diagnostic est clinique et repose sur l’analyse et l’expérience du clinicien, c’est la raison pour laquelle à la Clinique du musicien nous avons mis en place une Consultation pluridisciplinaire experte dans ce domaine qui permet après un examen minutieux du musicien en dehors de l’instrument et à l’instrument d’établir un diagnostic. De manière parallèle, il est important de faire un diagnostic négatif afin d’éliminer d’autres affections qui pourraient donner des symptômes similaires ou voisins. L’expérience de l’équipe médicale et paramédicale est importante pour établir un diagnostic de dystonie de fonction puisqu’il n’y a pas d’examen objectif de la dystonie de fonction.

Le traitement est complexe et de longue durée. Il demande une grande expérience du kinésithérapeute, il repose globalement sur la re programmation du geste. Le but est développer un nouveau programme sensori-moteur et pour cela plusieurs méthodes peuvent être utilisées.

Docteur A-F ARCIER, fondateur de la Clinique du Musicien® et de la Performance Musicale

Malgré le nombre élevé de musiciens amateurs dans la population générale, il existe peu d’informations sur la santé musculosquelettique des musiciens amateurs. Cette étude publié dans la revue Médecine des Arts N°89 visait à évaluer les troubles musculo-squelettiques liés à la pratique musicale (TMPM) chez les musiciens amateurs jouant dans les orchestres d’étudiants. Cette étude transversale a inclus 357 membres de 11 orchestres d’étudiants néerlandais répartis dans l’ensemble des Pays-Bas.

Les caractéristiques sociodémographiques et les données sur les TMPM ont été évaluées à l’aide d’une adaptation du questionnaire NMQ (Nordic Musculoskeletal Questionnaire) et du module musical du questionnaire DASH (Disabilities of Arm, Shoulder and Hand).

La prévalence annuelle des TMPM chez les musiciens amateurs est de 67,8 %. Être une femme, être plus jeune, avoir un indice de masse corporelle plus élevé et jouer d’un instrument à cordes sont indépendamment associés à une prévalence plus élevée des TMPM. L’épaule gauche est plus fréquemment touchée chez les violonistes et les altistes, tandis que la main droite et le poignet sont plus fréquemment touchés chez les instrumentistes à vent de la famille des bois. Chez les sujets souffrant de TMPM lors de la semaine passée, le score du module musical du questionnaire DASH était de 18,8 (6,3 – 31,2).

Cette étude est la première à rendre compte des Troubles Musculo-squelettiques liés à la Pratique Musicale (TMPM) et des facteurs associés dans un groupe important de musiciens amateurs. La prévalence des TMPM chez les musiciens amateurs est élevée, mais les scores du questionnaire DASH reflètent un impact limité de ces TMPM sur leur fonctionnement en tant que musiciens. Des mesures préventives sont nécessaires pour réduire les TMPM chez les musiciens amateurs.

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Revue Médecine des Arts Troubles musculosquelettiques des musiciens amateurs dans les orchestres d’étudiants N°89

Prévention des douleurs du musicien

 

Prévention des douleurs du musicien

Prévention des douleurs chez les violonistes

Les syndromes de surmenage sont les lésions les plus fréquemment rencontrées chez les violonistes. Ils représentent près de 70 % des troubles liés à la pratique du violon.
Apprendre à jouer d’un instrument à cordes est une expérience étonnante. Après la découverte et une certaine maîtrise, au fil du temps se dévoile le plaisir du geste, du feed-back sonore, du partage.

Certains facteurs peuvent contribuer aussi à des phénomènes douloureux, des lésions si l’on n’y prend garde. Il existe des moyens efficaces de prévenir ces troubles liés à la pratique du violon. Voici 5 moyens des plus simples pour éviter ce que les thérapeutes nomment les syndromes de surmenage ou de surcharge.
1. Pratiquer un échauffement préparatoire au jeu, pas seulement à l’instrument, mais aussi des muscles. Il s’agit d’un bon rituel qui ne va vous demander que très peu de temps.
2. Faire des pauses suffisantes. Il est conseillé de faire une pause toutes les 40 minutes. Cette mesure qui paraît d’évidence peut diminuer le risque de moitié.
3. Être attentif à tout changement, d’instrument, de rythme de pratique, de répertoire. Des modifications notables représentent un facteur de risque certain.
4. Pratiquer dans des conditions de jeu qui permettent et facilitent une posture et un geste physiologique, le siège, le pupitre, l’espace, un instrument adapté à sa morphologie (à son âge), la température de la pièce, l’éclairage. Autant de facteurs qui, s’ils sont inadaptés, peuvent entraîner des tensions, des compensations lors du jeu qui vont nuire le plus souvent au jeu, mais aussi au bien-être, et sont susceptibles de créer des douleurs musculo-squelettiques.
5. Être à l’écoute de son corps, une douleur, une tension sont des alarmes corporelles auxquelles il faut tenir compte. A minima, cela signifie qu’il faut réduire son temps de jeu, évoquer cela avec votre professeur de musique, vous faire conseiller par votre thérapeute spécialisé pour le musicien.

Prévention des lésions des violonistes

 

En savoir plus :
Les syndromes de surmenage spécifiques
Les syndromes de surmenage non spécifiques

 

Etudiants en musique
Etudiants en musique

Bien-être des musiciens de conservatoire de musique

La performance musicale nécessite la capacité de maîtriser une intégration complexe d’habiletés motrices, cognitives et perceptives extrêmement spécialisées, développées durant des années de pratique. Souvent, cela signifie également être capable de gérer une pression considérable dans des environnements changeants. En conséquence, de nombreux musiciens souffrent de problèmes de santé et se plaignent d’un grand nombre de troubles physiques et psychologiques.

L’étude présentée dans la revue Médecine des Arts N° 89 visait à évaluer et analyser le bien-être de deux groupes distincts de musiciens, des étudiants de conservatoire supérieur de musique et des musiciens amateurs en Suisse francophone. Un échantillon total de 126 musiciens a été recruté (âge moyen ± ET = 22,4 ± 4,5 ans, 71 hommes). Le bien-être a été mesuré au moyen du questionnaire sur la qualité de vie de l’Organisation mondiale de la Santé (WHOQOL-BREF), qui évalue deux mesures générales (la qualité de vie (QdV) et la santé générale), ainsi que quatre dimensions spécifiques : la santé physique, la santé psychologique, les relations sociales et l’environnement. Dans les deux groupes, la QdV des répondants était élevée pour chaque paramètre mesuré : les scores médians étaient supérieurs à 4 pour les deux mesures générales et supérieurs à 70 pour les quatre dimensions spécifiques. Concernant ces dernières, les répondants avaient le score moyen le plus élevé pour l’environnement (75,0), puis les relations sociales et la santé physique (74,0 et 73,8, respectivement), et enfin la santé psychologique (70,3). Des différences entre les groupes de musiciens sont apparues en termes de QdV globale et de santé générale, ainsi que sur la dimension santé physique, où les étudiants de conservatoire supérieur de musique ont obtenu un score inférieur à celui des musiciens amateurs ; à l’inverse, les étudiants de conservatoire supérieur de musique ont obtenu des scores plus élevés que les amateurs dans la dimension des relations sociales.

Ce tour d’horizon du bien-être des musiciens en Suisse romande démontre que, si la pratique musicale peut offrir certains effets protecteurs sur la santé, le besoin existe d’une plus grande sensibilisation à la prévention et promotion de la santé auprès des étudiants en musique de niveau supérieur. Cette étude apporte un éclairage sur le bien-être des musiciens et souligne l’importance d’impliquer différents acteurs (enseignants, administration, équipes de soutien) pour faciliter une pratique saine de la musique.

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Revue Médecine des Arts N°89

Comprendre le bien-être des étudiants de conservatoire supérieur de musique et des musiciens amateurs en Suisse romande